Fruste / Rustre / Frustre

Au sens ori­gi­nel, l’adjectif fruste si­gni­fie « usé par le frot­te­ment » et qua­li­fie une mon­naie ou une mé­daille dont l’effigie et les ins­crip­tions se sont ef­fa­cées avec le temps. Il re­vêt le même sens lorsqu’il qua­li­fie une sculp­ture dont les re­liefs se sont es­tom­pés.

Au sens usuel, fruste évoque, par ex­ten­sion, ce qui est mal dé­grossi, sans sub­ti­lité, et qua­li­fie ainsi une per­sonne dé­nuée de raf­fi­ne­ment ou un com­por­te­ment rus­tique.

Un homme fruste, des ma­nières frustes.

C’est pro­ba­ble­ment à sa re­la­tive ho­mo­pho­nie avec le nom et ad­jec­tif rustre (gros­sier, sans édu­ca­tion) que l’on doit ce glis­se­ment sé­man­tique, donné comme sy­no­nyme.

Quant à frustre, em­ployé dans le même sens que rustre, il est tout sim­ple­ment in­cor­rect et doit son exis­tence à l’attraction de ce der­nier terme.

Bien que son sens soit to­ta­le­ment dif­fé­rent, on peut éga­le­ment évo­quer l’influence pos­sible du verbe frus­trer, dont la res­sem­blance pho­né­tique a sans doute fa­vo­risé la confu­sion pré­ci­tée.

Il est à no­ter que l’Académie dé­con­seille l’emploi de fruste dans son sens mo­derne, qu’elle juge abu­sif ; cet ad­jec­tif qua­li­fiant au dé­part un ob­jet usé par le temps, donc lisse, poli, sans as­pé­ri­tés, si­gni­fie­rait lo­gi­que­ment, se­lon elle, le contraire de ce qu’il veut dire lorsqu’il est em­ployé comme sy­no­nyme de rustre.