Se rappeler / Se souvenir

Parmi les er­reurs les plus ré­pan­dues, celle-ci at­teint sans doute la pre­mière place. Se rap­pe­ler et se sou­ve­nir sont deux verbes pro­no­mi­naux em­ployés in­dif­fé­rem­ment dans le lan­gage cou­rant, alors qu’ils ne se construisent pas de la même fa­çon. Se rap­pe­ler doit être suivi d’un com­plé­ment d’objet di­rect, et se sou­ve­nir est suivi de la pré­po­si­tion de.

On se rap­pelle quelque chose, mais on se sou­vient de quelque chose.

Pour cette rai­son, on ne pourra pas dire je m’en rap­pelle (en si­gni­fie de quelque chose), mais je me le rap­pelle ou je m’en sou­viens.

L’erreur com­mune consiste à mé­lan­ger les deux construc­tions : c’est ainsi que se rap­pe­ler de (quelque chose) s’est im­posé, dé­fiant les règles syn­taxiques qui le dif­fé­ren­cient pour­tant de son sy­no­nyme.

 

Exemples :

Je me rap­pelle le voyage de l’an passé / Je me sou­viens du voyage de l’an passé.

Je ne me rap­pelle pas son nom / Je ne me sou­viens pas de son nom.

Cet évé­ne­ment, je me le rap­pelle / Cet évé­ne­ment, je m’en sou­viens.

Je me sou­viens de vous (et non : je me rap­pelle de vous / je me rap­pelle vous / je me vous rap­pelle [sur le mo­dèle de « je me le rap­pelle »]).

 

Ce­pen­dant, l’expression je m’en rap­pelle est cor­recte si en est com­plé­ment du nom et non du verbe.

Cette his­toire est an­cienne, mais je m’en rap­pelle tous les dé­tails (= je me rap­pelle tous les dé­tails de cette his­toire).

 

Se rap­pe­ler s’emploie avec que, et se sou­ve­nir avec dont.

Les faits que je me rap­pelle sont tout à fait dif­fé­rents.

Les faits dont je me sou­viens sont tout à fait dif­fé­rents.

 

Cas par­ti­cu­liers :

Se rap­pe­ler de est cor­rect lorsqu’il est suivi d’un in­fi­ni­tif pré­sent (mar­quant une in­ten­tion, un acte à ac­com­plir). On peut gé­né­ra­le­ment le rem­pla­cer par pen­ser à :

Rap­pelle-toi de faire tout ce que je t’ai dit.

Il doit se rap­pe­ler de tout or­ga­ni­ser pour la fête de ce soir.

 

Se sou­ve­nir peut éven­tuel­le­ment s’employer sans la pré­po­si­tion de lorsqu’il est suivi d’un in­fi­ni­tif passé. Dans ce cas, les deux tour­nures sont pos­sibles, bien que l’emploi de la pré­po­si­tion soit pré­fé­rable :

Je me sou­viens l’avoir ac­cueilli.

Je me sou­viens de l’avoir ac­cueilli.

 

En re­vanche, l’Académie n’autorise plus aujourd’hui se rap­pe­ler de + in­fi­ni­tif passé :

Je me rap­pelle l’avoir ac­cueilli (tour ad­mis).

Je me rap­pelle de l’avoir ac­cueilli (tour vieilli, à dé­con­seiller).