Lucullus dîne chez Lucullus 3

Si­gni­fi­ca­tion :
Faire chez soi un re­pas fas­tueux alors qu’il n’y a au­cun in­vité.

Ori­gine :
Lu­cul­lus (vers 115 av. J.-C. – vers 57 av. J.-C.) était un homme d’État et gé­né­ral ro­main qui of­frit à Rome de grandes vic­toires mi­li­taires. Mais c’est par son opu­lence et par le luxe dont il te­nait à s’entourer qu’il s’est im­mor­ta­lisé. Les fes­tins qu’il or­ga­ni­sait étaient ré­pu­tés fa­meux et sont res­tés lé­gen­daires. On rap­porte qu’un soir où il était seul à dî­ner, il s’étonna que sa table fût mo­des­te­ment gar­nie. Lorsqu’il convo­qua l’intendant qui avait en charge la pré­pa­ra­tion du re­pas, ce­lui-ci ex­pli­qua qu’il n’avait pas cru né­ces­saire de dé­ployer le faste ha­bi­tuel puisqu’il n’y avait pas d’invités. Lu­cul­lus lui ré­pon­dit alors cette phrase qui tra­versa les âges : « Ce soir, Lu­cul­lus dîne chez Lu­cul­lus. »

Dans Vies pa­ral­lèles des hommes illustres (ou­vrage ré­digé entre 100 et 110 ap. J.-C.), Plu­tarque re­late la vie de Lu­cul­lus et no­tam­ment cette anec­dote :

Une austre fois qu’il soup­poit tout seul, ses gents n’avoyent ap­presté qu’une table et moyen­ne­ment à soup­per ; il s’en cour­rou­çea, et feit ap­pel­ler ce­luy de ses ser­vi­teurs qui avoit charge de cela, le­quel luy dict : pour­tant, sei­gneur, que tu n’as en­voyé se­mondre per­sonne, j’ay pensé qu’il ne fal­loit ja faire grand ap­pa­reil pour le soup­per. Com­ment, luy re­plic­qua-il, ne sça­vois-tu pas que Lu­cul­lus deb­voit aujourd’huy soup­per chez Lu­cul­lus ? Bref, c’estoit chose si co­gneue de­dans la ville de Rome, qu’on ne par­loit que de la sump­tuo­sité et ma­gni­fi­cence de la mai­son de Lu­cul­lus.

Œuvres de Plu­tarque, tra­duites du grec par Jacques Amyot (édi­tion de 1784)

 

3 thoughts on “Lucullus dîne chez Lucullus

  1. Chifouny Mar 18,2013 11:18

    Su­per ce blog!!!

    De­puis que je suis abon­née, j’ap­prends tel­le­ment de choses que je me rends compte à quel point j’é­tais in­culte avant… Ja­mais en­tendu par­ler de Lu­cul­lus (ou alors dans “le sang des gla­dia­teurs”???).

    Merci et conti­nuez, c’est vrai­ment chouette et utile!!!

  2. Aude Mai 9,2013 02:14

    Gé­niale cette ex­pres­sion, je ne connais­sais pas ! Mais j’aime beau­coup.
    En fran­çais, on pro­nonce “Lu­cul­lus” comme en la­tin (“Lou­cou­lousse”, hé hé, dé­so­lée, je ne connais pas l’é­cri­ture pho­né­tique), ou comme en fran­çais ? Dé­so­lée pour cette ques­tion d’an­cienne la­ti­niste…

  3. Correctissimo Mai 9,2013 11:35

    Bon­jour Aude,

    La plu­part des noms la­tins em­ployés de nos jours ont été pho­né­ti­que­ment fran­ci­sés, on adopte donc le plus sou­vent la pro­non­cia­tion fran­çaise. Le son [us] (ousse) se dit [ys] (usse), tout comme [um] (oum) a ten­dance à se dire [ɔm] (om). De même, la lettre C, qui se pro­nonce [k] en la­tin, se pro­nonce gé­né­ra­le­ment [s] en fran­çais cou­rant… ce qui a per­mis à Gos­cinny et Uderzo de se li­vrer à des jeux de mots de­ve­nus cé­lèbres 🙂

    Tou­te­fois, on res­pecte la pro­non­cia­tion la­tine de ce nom propre dans le cadre de l’ap­pren­tis­sage ou de l’en­sei­gne­ment de la langue (cours, lec­ture, ver­sions…), dans les tra­vaux d’é­ru­di­tion (sou­te­nance de mémoire/thèse), et dans le mi­lieu des lettres clas­siques en gé­né­ral.

    À moins d’être un la­ti­niste pu­riste, on dira donc “Lu­cul­lus” et non “Lou­coul­lousse”. Il ne se­rait pas faux d’employer la pro­non­cia­tion la­tine, mais dans la vie de tous les jours, on s’at­ti­re­rait des re­gards sus­pi­cieux. Si la phrase était en­tiè­re­ment en la­tin, la si­tua­tion se­rait dif­fé­rente et on pro­non­ce­rait alors “Lou­coul­lousse”. Mais ce n’est pas le cas, donc on fran­cise.

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