La correction automatique

Au cœur d’un débat très actuel, cette nouvelle technique d’aide à la correction constitue aux yeux de certains une menace évidente pour la langue ainsi que pour la profession. D’autres sont enchantés par cette simplicité à portée de clic. La correction automatique s’est développée avec la popularisation des ordinateurs intégrant des logiciels de traitement de texte, au début des années 1990. Ces logiciels ont subi de nombreuses actualisations visant à les perfectionner dans le sens d’une simplicité d’utilisation sans cesse accrue, la plus récente d’entre elles – et sans doute la moins aboutie – étant l’utilitaire de vérification orthographique et grammaticale, outil capable de corrections rudimentaires d’ordre technique uniquement. Un correcteur automatique suit un mode de fonctionnement très simple : tous les mots de la langue sont introduits préalablement par les concepteurs du logiciel dans une base de données qui constitue la ressource dans laquelle l’utilisateur va puiser. C’est en quelque sorte un dictionnaire informatisé, programmé pour se manifester lorsqu’un mot mal orthographié par l’utilisateur lui est signalé comme tel. Chaque mot inséré par ce dernier est censé trouver son exact et complet paradigme – l’éventail idéalement déployé de ses usages licites – dans la base de données qui, en cas d’irrégularité, permet l’établissement d’un rapport d’erreur traduisant simplement une corrélation inexistante avec les éléments stockés. Nous ne nierons pas l’utilité de cette fonction lorsqu’il s’agit d’effectuer le remplacement automatique de toutes les occurrences erronées d’un terme, de s’assurer que des lettres n’ont pas été inversées ou que deux mots n’ont pas été accolés par erreur. Si toutes ces vérifications techniques obéissant à des règles strictes et sans équivoque débouchent la plupart du temps sur les rectifications élémentaires proposées par le correcteur automatique, il semble en revanche moins réaliste d’attendre d’une simple machine un discernement qualifié – sensible par exemple aux nuances et aux connotations contextuelles, aux effets sonores, à l’élégance – dans les registres sémantique et stylistique. En effet, un correcteur automatique soulignera l’erreur dans la phrase « les chats miaule », mais acceptera la phrase « les chats aboient », qui ne présente aucune erreur grammaticale, mais qui, sauf à vouloir rendre compte d’un univers singulièrement dissocié, présente une incohérence sémantique. Plus gravement, ledit correcteur restera silencieux devant l’aberration du « risque encouru », popularisée sans relâche par les journalistes de la presse audiovisuelle, sans que ces derniers encourent pour autant de sanction, ni même en courent, simplement, le risque.

Le logiciel ProLexis, destiné aux professionnels – et donc sensiblement plus évolué que le simple correcteur orthographique de Microsoft Word –, utilise différents moteurs d’analyse permettant une correction orthographique (plus de 600 000 mots lexicalisés), grammaticale et typographique. S’il s’agit d’un instrument de travail des plus élaborés, il n’en reste pas moins une menace pour la fonction de correcteur, qui se voit peu à peu remplacée par l’automatisation fruste et rigide. Certes, appuyer sur une touche pour obtenir une multitude de synonymes représente sans conteste un gain de temps extraordinaire, remplacer deux cents fois « acceuil » par « accueil » en quelques secondes procure une sincère jubilation, et n’avoir plus à se soucier de lois encombrantes régissant grammaire, orthographe et conjugaison doit produire un effet d’allégement libérateur. Les capacités de correction qu’offrent les correcteurs automatiques sont indéniables. Cependant, nous sommes en droit de nous interroger sur les risques liés à leur diffusion. Sans s’arrêter à la seule et louable intention de sauver une profession assistant, anxieuse et parfois résignée, à son propre déclin, l’utilisation volontairement restreinte des correcteurs automatiques limiterait l’affaissement linguistique qu’induit la tendance moderne à s’en remettre pour tout aux (in)compétences des machines.

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